Le réseau indépendant de 30 salles – bientôt 32 – de la capitale connaît une reprise post-Covid faste, avec de nombreux projets visant tous les publics, et particulièrement les jeunes. Rencontre avec sa présidente et sa déléguée générale.
Comment se portent les cinémas indépendants parisiens cette année ?
Priscilla Gessati : Nous avons retrouvé notre public depuis la réouverture des salles, avec un retard de seulement 3 %, ce qui est marginal compte tenu des mouvements de population et d’une offre très fluctuante. Cela tient à notre implantation au sein de Paris, et au lien fort que les cinémas de proximité entretiennent avec un public fidèle et cinéphile.
Cette vision macroscopique se retranscrit-elle au cas par cas ?
P.G. : Certaines salles s’en sortent en effet mieux que d’autres. Il y a très certainement un lien à creuser avec la notion, de plus en plus mouvante, de quartier. C’est pourquoi nous suivons avec attention l’étude sur la mobilité des spectateurs que la Mission Cinéma va lancer. Le parc parisien est très actif dans ses rénovations, et l’Élysées Lincoln ou le Brady en sont de très bons exemples avec leur transformation qui s’apparente à un nouveau démarrage. Je pense aussi à tous les projets que les CIP ont lancés dès la réouverture des salles, centrés autour du jeune public, des 15-25 ans ou encore des publics éloignés. Même les circuits finissent par s’y intéresser : c’est la preuve qu’il y a là un vrai foyer d’entrées.
Amandine Larue : Les salles qui rencontrent des difficultés ont des causes bien identifiées, souvent liées à la programmation ou à des questions administratives, comme le Luminor, menacé par un non-renouvellement de bail. Mais cela reste marginal, car les indépendants ont continué à travailler l’événementialisation de leurs établissements, avec un accueil toujours très chaleureux et personnalisé, et les chiffres sont à la hauteur.
Comment se gèrent les tensions de programmation entre les cinémas de la capitale ?
P.G. : La raréfaction des sorties, notamment américaines, a poussé les circuits à aller sur les plates-bandes des salles art et essai. Nous ne nous réjouissons pas de leurs difficultés, mais cela modifie les équilibres. Si c’est une bonne chose qu’un spectateur découvre dans un multiplexe une sortie art et essai qu’il ne serait pas allé voir dans une salle indépendante, cela réduit nos marges de programmation. Toutefois, je pense que les cinémas indépendants restent attractifs, notamment par leur politique tarifaire.
Pouvez-vous rappeler les actions des CIP ?
A.L. : Nous travaillons nos projets par âge et par typologie de publics. Nous avons l’Enfance de l’art-cinéma pour le jeune public, tandis que plusieurs projets s’adressent aux 15-25 : le Breakfast Club (but at night… !) qui a été lauréat de l’appel à projets “Ambassadeurs jeunes du cinéma” du CNC, Noir cinéma club et What the club. Nous renforçons aussi notre action sociale avec une billetterie solidaire qui est acceptée par quasiment toutes les salles du réseau, de nombreux ateliers ainsi qu’un travail étroit avec 300 associations dans les Quartiers politiques de la Ville. Et nous avons lancé cette année Étincelles, un projet autour de l’éducation à l’image ludique et innovante. L’idée est de proposer à tous les publics des ateliers en salles, allant du mashup à une séance cinéma/gaming et, bientôt, des modules sur l’éducation aux médias et à l’information.
Remarquez-vous un effet sur les cinémas participants ?
A.L. : Ça dépend. Il y a certains endroits comme le Brady ou l’Archipel où les exploitants remarquent que le public revient, de même pour le Quartier latin. Mais cela concerne des spectateurs qui sont déjà curieux et ont des habitudes cinéphiles.
P.G. : Sur ces questions, l’influence familiale est considérable. Par exemple, à L’Entrepôt, je reçois un public populaire très mixte, et lors de séances comme celles organisées pour Mon Premier Festival, on perçoit très vite quels enfants sont déjà familiarisés avec la salle, d’où l’importance des dispositifs scolaires élargis au plus grand nombre.
Les élections municipales sont un enjeu pour l’ensemble de l’exploitation. Êtes-vous inquiètes de ses issues probables à Paris ?
P.G. : La politique de la Ville est en place depuis deux décennies et s’inscrit dans un écosystème allant du tournage à l’exploitation, et je ne pense pas qu’il puisse y avoir de revirement dramatique. J’espère en tout cas ne pas me bercer d’illusions.


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